Interview du Dr DJOUFOUET Wulli Faustin, Docteur en Finance et Expert de la finance islamique

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La finance islamique semble se développer petit à petit au Cameroun. Afin de mieux comprendre ce type de finance et les enjeux de son essor au Cameroun, le webmagazine Fintalk-Mag a rencontré un expert du domaine M DJOUFOUET Wulli Faustin. En effet, ce dernier a notamment rédigé une livre intitulé « les Banques islamiques : Analyser comprendre investir ». 

Bonjour M DJOUFOUET Wulli Faustin, pouvez vous présenter en quelques mots :

Je me nomme DJOUFOUET Wulli Faustin, expert en finance islamique. Né en 1991 au Cameroun dans le département de la Menoua à l’ouest du pays, je suis aujourd’hui enseignant chercheur et consultant d’entreprises. Titulaire d’un Doctorat PhD en Finance, je suis par ailleurs auteur de plusieurs articles scientifiques et ouvrages parmi lesquels le célèbre ouvrage « les Banques islamiques : Analyser comprendre investir ».

Pouvez-vous nous parler de cet ouvrage ?

Cet ouvrage paru en Mars 2020. Il présente l’essentiel que l’on puisse connaître sur la finance islamique en général et sur les banques islamiques en particulier. Il s’adresse à un public plus vaste (les clients de la banque, les universitaires, les étudiants, les partenaires, etc.). Toute personne s’intéressant à la finance islamique trouvera dans cet ouvrage des éléments de réponses aux préoccupations sur les principes de fonctionnement de la finance islamique, le type de gouvernance d’entreprises appliquée dans les banques islamiques, les produits financiers islamiques et la réglementation bancaire islamique.

Tandis que l’on voit en la finance islamique des opportunités à saisir pour une meilleure stabilisation du système financier mondial, certaines voix discordantes voient plutôt en elle, une « tromperie » déguisée au nom de l’islam. Ainsi, la préoccupation actuelle est celle de savoir : la finance islamique est-elle une islamisation des moyens ou une islamisation des finalités ?

Notre volonté d’écrire cet ouvrage sur les banques islamiques réside dans la nature particulière des activités de ces dernières qui requièrent non seulement le respect des principes classiques de la finance, mais aussi le respect des principes de l’Islam. En fait, le système financier islamique dans son ensemble interdit toute pratique de l’usure, de la spéculation, du hasard et privilégie les investissements qui portent sur des actifs tangibles. Par ailleurs, il prône une finance plus éthique et responsable qui permettrait de stabiliser l’économie mondiale à travers le respect des principes de la loi islamique, la charia. C’est pourquoi, la transparence et l’équité dans les affaires, la préservation de l’environnement, le respect de la dignité humaine et la crainte de Dieu; constituent la pièce maîtresse de ce système financier.

En 2008, cette finance s’est démarquée de son équivalent conventionnelle par sa résistance à la crise financière, ce qui a attiré l’attention de bon nombre de spécialistes et chercheurs, qui se sont interrogés sur les raisons de son immunité, ainsi que sur l’éventualité de la considérer comme une solution alternative au système financier actuel qui se sert de l’Homme comme un outil au service de l’économie. Globalement, j’essaie de montrer dans cet ouvrage que grâce à la finance islamique, il est encore possible de reconsidérer l’Homme comme bénéficiaire et non plus comme une « victime » de la finance afin de redonner « sourire » au système financier mondial par le partage des pertes et des profits entre les acteurs. 

Pensez-vous qu’il y a un réel engouement de la clientèle pour les offres financières islamiques?

Oui, nous pensons que les clients sont de plus en plus attirés par ces produits. Avant toute chose, il faut savoir que la finance islamique ne s’adresse pas seulement au 1,7 milliard environ de musulmans au monde. Elle s’adresse aussi aux non-musulmans. Plusieurs pays occidentaux s’y intéressent aussi (France, Royaume-Uni, la Belgique, l’Allemagne, etc.), puisqu’elle présente des caractéristiques intéressantes en matière de transparence et de régulation bancaire. Si selon BID (2018) les actifs islamiques ne représentent qu’environ 5% de l’ensemble des actifs bancaires, leurs perspectives de croissance sont substantielles du fait des mutations économiques et sociopolitiques que connaissent actuellement plusieurs pays. Ainsi, le Directeur Général de Center of Islamic Banking and Economics affirme que le marché de la finance islamique a atteint le cap des 2 500 milliards de dollars à l’échelle mondiale à la fin de l’année 2019 contre 2 440 milliards de dollars en 2018. Selon lui, les actifs financiers islamiques proviendraient des services bancaires « halal » à hauteur de 81%, des titres Sukuks (11%), de l’assurance Takaful (2%), des actions islamiques, des sociétés Ijara et les fonds de placements immobiliers islamiques (5%) et de la microfinance islamique (1%). A cette allure, le marché mondial de la finance islamique selon moi devrait atteindre le cap des 3 500 milliards d’ici 2021. Un essor qui ne surprendra probablement pas grand monde, compte tenu du rôle de ce secteur dans le financement des infrastructures dans les pays en développement.

En Afrique, la finance islamique a de bonnes perspectives devant elle, même si son émergence ne date qu’à partir de 2013 sur le continent. Selon le rapport de Moodys (2019) sur la finance islamique en Afrique, « Robust performance and strong sukuk issuance support Islamic banking in Africa », les prévisions de la finance islamique sur l’année 2020 sont très satisfaisantes. Ce rapport souligne par ailleurs la résilience des banques islamiques, même face à des environnements opérationnels difficiles dans de nombreux pays africains, et suggère que ces banques continueront probablement à afficher de bonnes performances, voire des résultats encore meilleurs si le contexte s’améliore. Toutefois, pour exploiter tout le potentiel offert par la finance islamique, les pays africains doivent adapter leurs systèmes financiers et leurs cadres juridiques, de manière à faire place à ce système de financement parallèle ; recenser les projets susceptibles de s’y prêter et recourir aux bonnes structures.

Quels regards portez-vous sur la finance islamique au Cameroun ?

Je porte un regard de satisfaction sur la finance islamique au Cameroun. Le Cameroun à travers son Ministre des Finances, ne s’éloigne pas des opportunités offertes par la finance islamique. En effet, les 10 et 11 décembre 2019 se sont tenues, au Palais des Congrès de Yaoundé, les assises du premier Forum National de la Finance Islamique sous la présidence de Monsieur Louis Paul MOTAZE, Ministre des Finances. Le Forum était organisé par le Programme d’Appui à la Stratégie Nationale de la Finance Islamique en partenariat avec le Programme des Nations Unies pour la Développement dans le cadre de la mise en œuvre du projet d’appui à la résilience économique. L’objectif du forum était de créer une prise de conscience de la finance islamique et d’échanger sur les opportunités de son développement au Cameroun et éventuellement dans les pays de la sous-région.

A mon avis, une telle initiative est salutaire dans la mesure où nos populations auront désormais le choix entre un système financier purement capitaliste et un autre plus éthique et socialement responsable. Je pense que dans un contexte socio économique comme le nôtre, bénéficier d’un prêt bancaire sans intérêts ou tout simplement voir son projet être financé à 100% par une banque dite islamique pourrait redonner du souffle à nos jeunes start-ups. C’est pourquoi selon le ministre des Finances Louis Paul Motazé, la finance islamique « peut favoriser le développement de l’inclusion financière, en visant tous ceux encore exclus du système financier traditionnel pour des motifs culturels ; constituer un levier complémentaire pour la croissance économique en attirant les investissements étrangers, notamment ceux en provenance de certains pays du Proche-Orient désireux de recycler leurs excédents de liquidité ».

Cependant, je regrette qu’il n’y ait jusqu’à présent pas de banque islamique au Cameroun ; mais plutôt une fenêtre islamique offerte par Afriland First Bank. Par ailleurs, je regrette que cette finance soit encore méconnue du grand public qui malheureusement reste encore exclu du système financier conventionnel faute de garanties.

Que dites-vous pour terminer ?

En tant que chercheur en finance islamique, je dirais que la finance islamique est une réelle alternative à la finance conventionnelle. Ainsi, je conseille tous les investisseurs de l’essayer car il est toujours bon de diversifier. Je profite de l’occasion que vous m’offrez pour faire comprendre au grand public que je pilote une équipe qui s’occupe de toutes les préoccupations en matière de recherches et développements de leurs Start-up, de formations et consultations d’entreprises. Les intéressés peuvent me contacter par Email à l’adresse djoufouet@yahoo.fr. Merci.

Découvrez le blog de Dr DJOUFOUET Wulli Faustin: Financededemain

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