Interview d’un jeune entrepreneur camerounais, M Rodrigue Fodjo sur la pisciculture au Cameroun

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Au Cameroun, la pisciculture fait partie des domaines qui attirent de plus en plus des entrepreneurs. Dans le cadre de notre revue entrepreneuriale, nous sommes allé à la rencontre d’un entrepreneur qui exerce dans ce secteur. Son témoignage à la fois édifiant et riche d’informations, pour tous ceux qui souhaitent en savoir plus sur la pisciculture au Cameroun.

Q : Comment vous est venue l’idée de vous lancer dans la pisciculture ? Depuis combien de temps y exercer vous et quelles ont été vos motivations ?

R : L’idée est venue d’un petit groupe d’anciens camarades de classe. C’est donc une idée commune mais avec un facteur X, un camarade résident en Italie qui exerçait déjà dans le domaine.

Le projet en lui-même existe depuis 4 mois, date effective de sa mise sur pied et les sujets en vie, eux sont là depuis deux mois.

Notre motivation vient du besoin de mettre sur pied un business secondaire en dehors de nos activités respectives qui soit facile à gérer. La pisciculture, pour nous, répondait à ce critère plutôt que d’autres business comme l’élevage de poulets qui nous attirait au début de nos réflexions mais qui devaient nous prendre plus de temps.

Q : Quelles sont les principales étapes à franchir avant de pouvoir se lancer dans la pisciculture ? Avez-vous suivi une formation particulière ?

R : la première étape que je conseillerai à toute personne qui veut se lancer dans le domaine, c’est de suivre une formation car il s’agit d’un business hautement sensible. Après la formation, il faudrait avoir un site. Pas besoin qu’il soit très grand, en fonction de la taille de l’élevage qu’on voudrait pratiquer, même 8 à 10 m² sont suffisants. Ensuite, il faut avoir à disposition la ressource première qui est l’eau. Elle doit être de bonne qualité. Il peut s’agir d’une eau de forage ou d’un puits. L’eau courante de la Camwater est fortement déconseillée car celle-ci contient du chlore, ce qui est nocif pour la santé des poissons. Passé cette étape de l’eau, il faut aborder le problème du contenant à utiliser. Celui-ci généralement varie en fonction de l’espace qu’on a à disposition. On peut soit utiliser des cubitenairs, ou tout simplement des bacs en bâches ou des étangs. C’est donc là que l’ingénieur intervient car il est mieux placé pour vous conseiller le type d’étangs à privilégier en fonction de l’espace disponible.

Une fois que la source d’eau (forage ou puits) est choisie, il faut faire un test de cette eau avec ce qu’on appelle un PH mètre qui sert à mesurer le PH/acidité de l’eau. C’est après tout cela qu’on peut introduire les alevins.

Moi personnellement je n’ai pas suivi de formation particulière mais j’ai été assisté par des personnes professionnelles du secteur. En dehors du camarade résident en Italie qui nous a assisté, sur place ici nous avons 4 ingénieurs sur qui nous pouvons compter à plein temps pour des conseils techniques et chaque fois que nous rencontrons des difficultés.

Q : Quelles ont-été les principales difficultés que vous avez rencontrez en vous lançant dans l’activité de l’élevage de poissons ?

R : Les difficultés ont été nombreuses. Mais dans l’ensemble, elles étaient à l’origine de mon manque de formation spécifique.

Premièrement, juste deux semaines après le lancement, nous nous sommes confrontés à un taux de mortalité des alevins sans cesse grandissant. Ceci était dû d’abord au problème d’eau qui n’était pas de bonne qualité. Il fallait un traitement particulier pour l’eau qui avait été négligé dès le départ.

Ensuite, il y a eu le problème de variation thermique puisqu’il faut vidanger les contenants constamment. En fonction de la qualité de l’eau, il est conseillé de le faire entre 1 et 2 fois par jour. Nous, nous le faisions 2 fois par jour mais sans respect du principe qui permettrait d’éviter aux alevins le choc thermique du changement de température de l’eau. Pour chaque vidange, il est donc conseillé de faire en sorte que l’alevin ressente le moins possible le changement thermique de l’eau.

Enfin, il y a eu le problème d’adaptation du local. C’est pourquoi il est conseillé de mettre les alevins sous antibiotique dès le premier jour pour qu’ils ne ressentent pas trop ce problème de changement de local. Cet antibiotique facilite leur adaptation au nouveau milieu, au nouveau local et à la nouvelle eau.

Q : Un capital minimum est-il requis pour entreprendre dans la pisciculture ? Avez-vous bénéficiez d’un financement/accompagnement au démarrage de la part de programmes gouvernementaux (lesquels connaissez-vous et que pensez-vous de ces programmes) ou autres ?

R : Pour la question du capital minimum, je dirai que NON un capital minimum n’est pas requis. Pour notre cas, nous avons commencé avec un budget oscillant entre un million et un million sept mille francs. Mais, si le pisciculteur qui veut se lancer dispose déjà d’une source d’eau, tout ce qu’il lui faudra ensuite c’est juste un contenant, des alevins et des aliments nécessaires pour l’élevage. Pour le cas d’espèce, un capital oscillant entre 300.000 et 500.000 serait suffisant selon la taille de l’élevage qu’on veut pratiquer.

Pour notre cas particulier, nous n’avons bénéficié d’aucun financement ou accompagnement de la part de programmes gouvernementaux ou autres.

Mais pour ce qui est de ces programmes, je pense qu’il existe un au Ministère de l’élevage et du développement rural (MINADER) qui soutiendrait les éleveurs ou les activités liées à l’élevage. Je n’ai pas de renseignements plus poussés sur la question donc je ne saurai en dire plus.

Q : Quelles sont les tendances du marché en termes de rentabilité (quelques chiffres) ? Y a-t-il des circuits de revente/commercialisation à privilégier ?

R : Des informations recueillies des ingénieurs qui nous accompagnent, il est clair que dans le secteur, la demande est largement supérieure à l’offre. Nous n’avons pas encore testé le terrain en termes de vente puisque notre première sortie est programmée dans un mois. Pour ce qui est des prix pratiqués sur le marché actuellement, pour le poisson que nous produisons, c’est-à-dire le poisson chat encore appelé silure, ou Carias, le kilogramme oscille entre 2.200 et 2.500 francs CFA.

Pour ce qui est du circuit de commercialisation, nous envisageons faire notre première sortie en mettant le produit frais sur le marché. Beaucoup d’autres préfèrent le revendre sur la forme fumée ce qui revient à vendre le poisson beaucoup plus chère. Mais ça c’est pour des personnes qui ont déjà suffisamment de connexions sur le marché et une clientèle bien identifiée.

Tout en remerciant pour cet échange Monsieur Rodrigue Fodjo pour cet échange, nous espérons que cet interview permettra à nos lecteurs de mieux comprendre le secteur de la pisciculture au Cameroun.

Par Erman TCHOUKEU

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